25/06/2009Les Autres
J’ai récemment lu un très mauvais polar mettant en scène une meurtrière dotée de personnalités multiples. Marronnier des séries télévisées, ce type de profil sur lequel les experts ne s’accordent pas (schizophrénie ? simulation ?) nous fascine d’autant plus que chacun de nous, à un degré plus ou moins haut, peut le reconnaître en lui-même.
Il arrive, par exemple, que notre personnalité du soir, gagnée par la douce euphorie de l’apéro, du sommeil qui vient, se laisse aller à des propos, promesses, projets que notre personnalité du matin tiendra pour ridicules. Nous pouvons être un jour enjoué, plein d’énergie, d’esprit de décision, prompt à agir et à parler et le lendemain apathique, renfermé, sans ressort, lent à penser comme à dire.
Ces modifications sont déjà déstabilisantes pour l’entourage mais plus encore pour soi-même : sans même parler de la stupéfaction que nous pouvons ressentir à lire une lettre écrite il y a dix ans (« c’est moi qui racontais ces conneries ? Et qu’est-ce que c’est que cette écriture ? »), il arrive que nos propres réflexions, opinions, actes, intonations, mimiques, réflexes, émotions nous surprennent, comme s'ils provenaient de l’extérieur, nous avaient été dictés.
Dans le bouquin dont je parlais au début, les trois personnalités de la protagoniste n’ont pas conscience les unes des autres et manifestent des aptitudes différentes : l’une parle italien et peint, l’autre parle anglais et sait jouer du piano, la troisième ne pratique aucun art ni langue étrangère. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse recéler en soi, sans le savoir, une capacité aussi élaborée que l’art de jouer du piano (supposant tout de même un sérieux apprentissage).
Pourtant, dans "Musicophilia", Oliver Sacks rapporte le cas de personnes qui, ayant été frappées par la foudre ou ayant subi un grave accident, se retrouvent détentrices de dons qu’elles ignoraient jusqu’alors.
Rien de magique à ça, explique l’auteur : simplement, les atteintes cérébrales, en affaiblissant l’un des hémisphères ou centre neuronal au profit d’autres, activent des connexions qui, jusqu’à présent, avaient été inhibées (et inversement).
Du jour au lendemain, un footballeur professionnel semble ainsi pouvoir se muer en génie mathématique ou en virtuose du saxophone.
C’est quelque part très rassurant, de savoir que l’on n’est pas tristement réduit à soi-même mais potentiellement apte à être tout autre.
Mais c’est aussi épouvantablement frustrant de ne pas savoir comment ouvrir la porte à cet autre, lui laisser place, lui donner la parole ni même savoir ce qu’il veut ou ce dont il est capable, ni enfin savoir si cet autre, caché en soi-même, peut-être tyranniquement enchaîné, mis au pain sec et à l’eau dans notre inconscient, ne serait pas, par hasard, davantage « soi » que soi-même, ou en tout cas un « soi » qu’on aimerait davantage…
04/06/2009Disinganno
Un mythe, une utopie, un univers s'écroule : je viens de surprendre SexyVoisin2 avec sa meuf !
Et en plus, comble de provocation, cette pétasse ressemble à ma belle-soeur...
25/05/2009Un 'tite signature, SVP
L’EXPRESS.FR
MARSEILLE - Le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Michel Vauzelle (PS), a lancé une pétition en ligne demandant l'inscription dans la Constitution d'une charte des services publics garantissant "le droit pour tous à des services publics de qualité et de proximité".
Cette pétition, accessible depuis le 15 avril sur le site www.referendum-servicespublics.fr, affirme qu'on "ne peut pas affaiblir les services publics sans affecter gravement la République elle-même, comme le font actuellement le président de la République et le gouvernement".
LE TEXTE
La Charte des services publics
Proposition pour inscrire les services publics dans la Constitution
« Le peuple français,
« Considérant,
« Que la conception et la mise en œuvre des services publics constituent une réalisation essentielle de la République française ;
« Que la contribution des services publics aux principes des Droits de l’homme et de la souveraineté nationale est constitutive des valeurs de la République ;
« Que les services publics sont le moyen de la réalisation de la devise républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité ;
« Que parmi les intérêts fondamentaux de la Nation figure la notion de solidarité nationale, garantie notamment par l’existence des services publics ;
« Que le fonctionnement efficace des services publics doit donc être assuré fidèlement selon les principes de continuité du service, d’égalité d’accès pour tous les citoyens, de neutralité et de distribution équitable sur l’ensemble du territoire national ;
« Que les services publics dans leur contenu doivent garantir les conditions de l’égalité républicaine dans les domaines vitaux pour tous les individus, en ce qui concerne l’accès à l’éducation, à la formation et à l’enseignement supérieur, à un système de santé de haute qualité sans discrimination de revenu ou de patrimoine, à un emploi et à un système de solidarité nationale assurant un niveau de vie compatible avec la dignité humaine, à un développement dynamique et solidaire de l’économie nationale, à la sécurité et à la justice indépendante dans la proximité, à l’information libre et aux moyens de communication physiques et numériques, à la capacité de déplacement sur l’ensemble du territoire national par des transports fiables et accessibles, à l’accès à l’eau et à l’énergie, à un aménagement responsable et durable des territoires et de l’environnement, à des collectivités territoriales assurant une démocratie de proximité et pleinement responsables et autonomes, à une culture libre dans sa création et accessible à tous dans sa diffusion, à l’accès aux pratiques sportives ;
« Proclame :
« Art. 1er – Les services publics participent pleinement des principes et valeurs que le peuple reconnaît dans la République.
« Art. 2 – Toute personne a le droit d’avoir accès aux services publics.
« Art. 3 – Il revient à l’Etat d’assurer la mise à disposition pour tous les citoyens de services publics de qualité, et dans l’hypothèse de services publics transférés aux collectivités locales, d’assurer à ces dernières les ressources correspondant à l’exercice effectif de ces services et à leurs évolutions.
« Art. 4 – Les principes essentiels des services publics reposent sur l’égal accès de tous les citoyens, l’égal accès sur l’ensemble du territoire, la continuité et la neutralité du service.
« Art. 5 – La République française reconnaît et garantit les services publics de l’éducation nationale, de la formation, et de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la santé et de l’hôpital, de la sécurité sociale, de l’emploi, de l’accompagnement économique et industriel, de la police, de la justice, de l’information et de l’accès aux moyens de communication physiques et numériques, de l’aménagement des territoires, de l’eau et de l’énergie, de la protection de l’environnement, des transports, de la démocratie de proximité assurée par les collectivités territoriales, de la création et la diffusion artistiques et culturelles, de la pratique des activités sportives..
« Art. 6 – Le Gouvernement met en œuvre les politiques de son choix, dans le respect de la souveraineté nationale et de la charge des missions de service public qui lui sont confiées.
« Art. 7 – La France s’inspire de son modèle républicain de services publics dans son action à vocation internationale et européenne. »
Avec 4 millions de signatures, cette proposition sera soumise à référendum.
Vous tenez à vos (rares) services publics (rescapés) ?
SIGNEZ !
http://www.referendum-servicespublics.com/charte.html
24/05/2009
Ah, William Holden ! On savait faire les beaux gosses, dans les années 50...
Mais c'est quoi cette horrible voix de tapette qui le double ??!
12/05/2009Hadopi youpi
Au risque de me faire lyncher, je suis plutôt satisfait que la loi Hadopi ait été votée.
J’en ai franchement marre du poujadisme de ceux qui, au nom de la prétendue liberté individuelle, considèrent implicitement que la production artistique n’a pas autant de droit à être rémunérée que, par exemple, la production de services, la production alimentaire, les biens de consommation courante, les transports, etc.
Personne ne s’insurge qu’une loi punisse les voleurs, ceux qui prennent le train sans payer ou, pour prendre un exemple plus pertinent, les fraudeurs à la taxe télé – pourquoi s’insurger contre une loi qui vise d’autres fraudeurs ?
Certes, celle-ci est sans doute mal faite et échouera à sanctionner les « grands délinquants », les seuls qui, en déséquilibrant l’économie, la justifient vraiment.
Il n’empêche : d’un point de vue idéologique, je trouve bénéfique qu’une loi, même imparfaite, existe, afin de rappeler aux bien-pensants confortablement planqués derrière leur écran qu’ils ne sont pas propriétaires de droit de tout ce qui leur plaît ou leur fait envie.
10/05/2009
J'aimerais croire qu'il existe un réalisateur plus kitsch et racoleur que Terrence Malick, mais, à part l'auteur des pubs de L'Oréal et d'Auchan, je vois pas....
Et dire que "Télérama" se pâme (bon, il se pâme aussi devant Eastwood, ceci explique sans doute cela).
[Putain, le prélude de "Das Rheingold" maintenant - en voilà une autre !
Pourquoi pas "Zarathustra" ou la Suite en Ré de Bach tant qu'on y est ?
Ah bon, c'était déjà pris ?...]
08/05/2009Avis zaux zamateurs
On cherche un (ou deux) joueur(s) de tarot pour demain (samedi 9) soir !
Envoyez vos candidatures à la rédaction, qui transmettra...
26/04/2009Un autre rêve
J’ai encore rêvé d’un chien terrible.
Je somnolais à l’arrière de la voiture de mes parents, sur une route de campagne, au crépuscule.
Nous partions en vacances, dans une région agricole de terres grasses, de champs de blés, de serres en plastique, accablante. Le jour tombait, il y avait un peu de neige sur le bord de la route. Mes yeux se fermaient, le bourdonnement indistinct de la conversation, à l’avant, me berçait.
Soudain, à un coude de la route, alors que celle-ci semblait sur le point de plonger dans la gorge noire d’une forêt, j’ai aperçu la silhouette d’un chien énorme, gris ou noir, avec des yeux luisants profondément enfoncés. Les griffes plantées dans l’herbe du talus, il semblait sur le point de me sauter à la gorge.
Les ombres de la nuit recouvraient son crâne dont on ne distinguait pas le contour ; seulement celui de ses oreilles pointues, de son dos hérissé de poils rudes, de ses fortes pattes.
Mais le plus étrange c’est que la voiture avait beau avancer - et je criais à mon père, d’une voix pâteuse de rêve : « plus vite, plus vite !» -, le chien était toujours là, encadré à demi par la lunette arrière, à demi par la vitre du côté droit, toujours plus proche, toujours plus menaçant, je croyais sentir son souffle sur moi et, pourtant, je fermais toujours plus les yeux.
Plus tard, des années plus tard, j’emménageais dans un sinistre appartement moderne, genre HLM, carreaux partout, robinets qui gouttent, chambranles en aluminium, dans une tour qui donnait sur un cimetière.
Et, là, je le revoyais, le chien.
Un matin, ou un début d’après-midi, alors que je tentais à nouveau de secouer un ennui nauséeux, en me préparant un thé, peut-être, je regardais en bas, depuis mon troisième ou quatrième étage, dans le cimetière, protégé d’un mur d’enceinte lépreux et d’une rangée d’ifs, et, au milieu des tombes grises sagement alignées, dans une allée, il était là, en laisse, aux côtés d’un homme indistinct, vêtu d’une sorte de houppelande, comme un berger d’autrefois.
Mais l’homme n’était qu’une ombre, seul le chien, hérissé, gris, ses babines rouge vif, impatientes, et ses petits yeux méchants fixés sur moi, se détachait, tirant sur sa laisse, pressé de m’atteindre.
19/04/2009Chez moi
En fin d’après-midi, je suis allé me balader dans la colline, derrière la maison. La maison de mes parents. Quelle drôle d’idée : se balader derrière la maison !
Jamais on ne fait ça.
Se balader – chez soi.
Mais ce n’est pas chez moi, ici. Ou si ? Ou trop, ou pas assez chez moi ?
J’ai toujours éprouvé quelque répugnance à considérer cet endroit, cette ville, comme « chez moi ». Depuis… oh, depuis près de trente ans, maintenant.
Quand j’y suis arrivé, à la fin de ma prime enfance, cet endroit, c’était l’ennemi. On m’y avait emmené, enterré de force.
Pourquoi plus cet endroit que les autres, les précédents ?
J’étais pourtant né dans cette région.
Mais ma conscience, ma conscience de moi-même, du monde, des autres, elle, était née ailleurs.
Ou ailleurs ? Il n’y a pourtant pas eu d’ailleurs, ou trop d’ailleurs.
Entre ma naissance et mes huit ans, j’ai vécu dans cinq régions différentes. C’étaient elles, mon « chez-moi ». Comme le héros du « Pays où l’on n’arrive jamais », de Dhotel, je n’avais pas de chez-moi, et, pourtant, j’en avais la nostalgie.
Quand nous sommes arrivés ici, nous sommes ancrés finalement ici, pendant toutes ces années où j’ai vécu ici, entre la fin de mon enfance et celle de mon adolescence, je me suis senti prisonnier, orphelin d’un chez-moi qui n’avait jamais existé, que je ne saurais où situer.
C’est pourquoi jamais, jamais, non seulement tant que j’ai vécu ici, mais encore pendant les longues années qui ont suivi ma fuite à Paris, je ne me suis promené derrière la maison. Derrière la maison, il ne pouvait rien y avoir, juste, peut-être, ces steppes mornes pour après déjeuner dominical, où l’on aère son ennui et sa nausée.
Pourtant, si.
Il y a une colline qui domine, je l’ai appris aujourd’hui, le « plus grand étang d’eau salée d’Europe ». Sur un flanc de la colline, des prés semés de fringants oliviers ménagent nombre de cachettes, où percent les jonquilles sauvages ; plus haut, dans la garrigue, où s’ébouriffent les crânes crépus des yeuses, veillés par quelques chênes débonnaires, le thym et la sauge embaument des ravines de terre rouge ; au sommet, sous l’aplomb qui supporte la vieille chapelle, une crypte dissimulée dans la mousse et, entre deux champs d’humbles noisetiers, des bunkers en ruines, qui auraient pu faire autant de cabanes pour les enfants que nous fûmes ici, ma sœur et moi.
Mais nous n’allions jamais dans la colline : ce qui nous faisait rêver était ailleurs, pas si près. Ici, c’était l’ennui. Encore aujourd’hui, pour moi, l’odeur des genêts, le fredon des abeilles dans les buissons de buis, c’est l’ennui, la blancheur du calcaire tranchant la lande comme une dent, c’est l’ennui, la sève collante des pins, c’est l’ennui.
Tout ce qui est là, tout ce qui était déjà là, je ne le voyais pas. Entre la colline, offerte, à deux pas, et mon regard, s’interposait la lassitude des jours, l’excitation du retour d’école, l’impatience irritée des dimanches.
Pour y aller, à l’école, justement, j’aurais pu couper par la colline.
Mais non.
A l’école, on y allait en voiture, on en rentrait en courant, et les dimanches, comme la plupart des adolescents, je les passais, le plus souvent, avec une sorte de hargne boudeuse, enfermé dans ma chambre.
Cette colline, comme le reste, c’était l’ennemi. Sa collusion avec ma vie réelle, le quotidien, me la rendait invisible.

En me promenant, tout à l’heure, j’ai à nouveau pris conscience de l’obstacle que la familiarité met à l’intimité, que l’habitude oppose à la connaissance véritable, à la curiosité, à l’attrait.
A l’égard de cette colline, je me comportais comme à l’égard d’un conjoint jamais vraiment regardé, trop vite accepté, que je n’aurais pu désirer à cause de sa trop grande proximité, auquel je ferais grief de ne pas me laisser avoir de lui la nostalgie.
Des conjoints comme celui-là, pourtant, je n’en ai guère eus !
En parcourant cette colline, je me suis dit qu’il y avait peut-être là une clef à ma solitude : cette peur de ce qui est trop proche, au point de disparaître.
17/04/2009Montrer son cul avec élégance, c'est tout un art...
16/04/2009ça a besoin d'un coup de peigne, tout ça ....
14/04/200907/04/2009
Pourquoi est-ce qu'on nous fait chier avec cette prétendue lutte contre les paradis fiscaux ?
Comme Sarkozy supprime peu à peu l'ISF, bientôt la France en fera partie, de ces paradis...
05/04/200931/03/2009La vie est mal faite
Voilà plusieurs fois que je me fais gentiment dragouiller par…. des femmes, au club de gym.
Aujourd’hui, juste avant le cours d’abdo-fessiers, alors que je soulève mon tee-shirt par inadvertance (ben évidemment, vous croyez quoi ?), une dame – je dis une dame, parce qu’elle avait largement mon âge ; pas une minette, quoi – me lorgne, avance d’un pas, esquisse un geste et me demande, l’air de rien :
- Alors, vous avez l’impression que ça marche ?
- Quoi ?
- Les exercices d’abdos. Faites voir…
Non mais, je rêve. Y a pas écrit « Homme-objet », hein.
Je replace dignement mon tee-shirt et lui adresse un sourire crispé. Elle me renvoie un sourire coquin.
Alors, je me demande, si les meufs ont carrément beaucoup plus mauvais goût que les mecs (ou un goût très différent, en tout cas), si le printemps les rend carrément plus chaudes ou si, carrément, elles ont beaucoup plus de couilles ?...
26/03/2009Potager
Bon, "Les Fées", c'est vraiment le navet absolu, mais le nombre de beaux mecs qu'il y avait dans la salle, ce soir, pfffffou ! (moi qui croyais que c'était les carottes qui rendaient joli)...
23/03/2009Le snobisme germanopratin a encore frappé
Vous voyez qui est Sophie Fillières ?
Mais si, voyons : la plus mauvaise actrice française.
Celle qui ne sait jamais quoi faire de sa bouche, de ses yeux, de ses bras de sauterelle, qui sourit quand elle devrait pleurer, qui grimace quand elle devrait rire, bref, qui a porté l’aptitude à sonner toujours faux au niveau de l’art le plus pur.
Eh ben, je vous le donne en mille : elle est capable de sonner encore plus faux en faisant ses propres « films » (pouf, pouf) qu’en « jouant » (pouf, pouf) dans ceux des autres !
Si vous êtes pris d’une poussée masochiste aiguë, qu’il vous faut absolument vous mortifier pendant une heure et demie, soulager votre patrimoine du prix d’une place de cinéma, courez-voir « Un chat un chat »**, vous ne serez pas déçu.
Si, si, c’est le titre**. Comment ça, il est complètement con ? Ben oui, mais c’est voulu, patate.
Le film aussi est complètement stupide, tout le monde y joue atrocement faux (même Chiara Mastroiani, la pauvre, on voit combien elle s’applique à être mauvaise), il n’y a pas un plan raccord avec l’autre, pas une situation qui tienne debout, quant à l’ « histoire » ou au « contenu », pff, ne me faites pas rigoler, y en a pas, bécasses, et c’est fait exprès, voyons !
Dans la lignée du snobisme germanopratin à la Christophe Honoré (pur produit de marketing), mais avec beaucoup moins de métier (le métier, c’est ringard) et de moyens (les moyens, c’est bon pour les parvenus), on se gratte le nombril entre anciens (genoux) khâgneux, en se bidonnant au souvenir d’acnéiques années durant lesquelles on en faisait dix par jour, des films comme ça, dans notre tête, avec de vraies allusions fines dedans, beaucoup de je-m’en-foutisme et une bonne louche de second degré bien gras par-dessus – c’est tellement bon de montrer qu’on ne se prend pas au sérieux, et le spectateur non plus.
Bon, certes, Rohmer avait ouvert la voie, dans le style grattage de nombril et jeu décalé (pour être poli) – mais, au moins, Rohmer, il avait quelque chose à dire et, surtout, surtout, il était sincère.
Sophie* Fillières, elle, sait se foutre d’elle-même et de son inaptitude à la justesse comme à la sincérité ; c’est très bien, mais elle n’avait pas besoin d’en faire un « film ».
Si vous voulez voir un film « de femme(s) » vraiment couillu, allez plutôt voir « Je te mangerais » de Sophie Laloy, ou le bouleversant « Je l’aimais », de Zabou Breitman (à sortir).
OK, ce sont des mélos, pas de marrants jokes trop cool de la mort – mais, bon, si, par hasard, la vie et l’émotion sont des trucs qui vous branchent davantage que l’affectation de coolitude, songez-y…
** : il n'y a pas de virgule entre les deux "un chat", hein, soyez pas naze, ça changerait tout, sinon - n'est-ce pas Sorty ?
21/03/2009
Hummm, la bonne tarte banane-noix de coco (879667 calories à la bouchée) !
Qui (ne) va (pas) regretter d'être là demain ?
19/03/2009Un retour
Lorsque je me suis inscrit sur Fesse-bouc, son nom a été l’un des premiers que j’ai cherchés. Mais il était beaucoup trop commun (l’équivalent, disons, d’un Jean Martin en anglais) pour que je le repère dans la jungle des homonymes.
A mon habitude, je me suis interrogé sur mes motivations : pourquoi lui ?
Non, je n’ai pas couché avec lui. Non, je ne l’ai jamais désiré. Mais le désir, comme les sentiments, attitudes ou inclinations, est un tuyau creux : peu importe le sens dans lequel l’énergie y passe. Je veux dire : vous pouvez être aussi attaché à quelqu’un qui vous désire qu’à quelqu’un que vous désirez, aussi lié à celui qui vous hait qu’à celui qui vous aime, aussi proche de celui qui vous rejette que de celui qui vous poursuit.
Aujourd’hui, j’ai renoncé à comprendre ce qui nous rapproche, lui et moi ; avec un plaisir que je n’ai pas ressenti depuis longtemps, je l’accepte (et ce plaisir de l’acceptation, quand il est sincère, c’est le plus grand).
Autre chose : pour rebondir sur mon précédent post, un truc qui m’irrite particulièrement, chez nombre d’écrivains, c’est cette fascination convenue pour les souvenirs d’enfance ou d’adolescence, auxquels ils semblent accorder de façon mécanique un pouvoir qu’ils refusent à d’autres événements plus considérables.
A lire les souvenirs d’enfance insipides de certains, j’éprouve autant d’irritation que j’en ressentais lorsque ma mère, très coutumière du fait, répliquait à mes interrogations métaphysiques par ces proverbes de bonne femme dont sa propre mère était si prodigue (« il n’y a pas de fumée sans feu », « si jeunesse savait, si vieillesse pouvait »).
Or, ces proverbes-à-la-con, dès lors qu’ils semblent exactement s’appliquer à quelque chose que vous avez éprouvé, recouvrent soudain leur magique clairvoyance, et il en va de même des souvenirs d’enfance : ceux des autres paraissent incompréhensiblement plats et les vôtres chargés d’un pouvoir qui sera tout aussi incompréhensible aux autres.
Lui, il fait partie de ces souvenirs (inutile de lire plus loin, donc, vous, les autres, car ces souvenirs seront plats pour vous).
Non pas d’enfance, ni même d’adolescence, mais presque, pour moi, car je suis un lent : j’avais entre dix-huit et vingt ans.
Pour la première fois, je vivais seul, dans une ville peu éloignée de celle où j’avais habité enfant. J’avais vaguement décidé d’assumer mon homosexualité et, dans ce but, passé une petite annonce dans LE journal à nous voué, en ce temps (les quadras comprendront). Il y avait répondu, on s’était rencontrés très vite, dans mon petit studio en sous-sol.
Il était très moche, bizarre, emprunté, un peu plus âgé que moi, ne partageait presque aucun de mes goûts (apparents) et nos conversations étaient malaisées. Mais il était Anglais et j’adorais son très léger accent, ses expressions (dont beaucoup, il me coûte de l’avouer, me sont restées), son exotisme qui s’exprimait de mille autres imperceptibles façons.
J’adorais surtout qu’il me fasse la cour, soit toujours disponible pour moi, jamais rebuté par mes humeurs, qu’il accepte ce mélange de tendresse distante et de camaraderie bourrue, d’intimité farouche et de jeu pervers que j’avais, avec sa complicité active, instauré entre nous.
Nous sommes devenus inséparables. Ma famille, perplexe, en avait déduit que nous étions en couple.
C’est avec lui (appelons-le Jean) que je suis parti pour la première fois en Angleterre, un séjour douloureux dont j’ai ramené pourtant d’impérissables impressions, et qui a été suivi de beaucoup d’autres.
Et puis il s’est produit L’événement, celui qui nous a séparés, de fait, longtemps, qui, en un sens, nous sépare encore aujourd’hui, et qui, dans le même temps, nous a – ou, plutôt : m’a, définitivement, lié à lui.
Une double trahison – plus exactement : des trahisons en rafale.
Déjà, en Angleterre, et même avant de partir, j’avais plus ou moins dragué l’un de ses amis (en couple), avec lequel j’entamai une relation ambiguë mais assez peu charnelle, qui dura plusieurs années.
Entre nous, entre Jean et moi, s’accumulaient rancoeurs et frustrations qui, encore une fois, ne sont pas, ou plus, dissociables pour moi de sentiments plus positifs.
Au cours de ma dernière année d’études dans cette ville où nous nous étions rencontrés (et que je haïssais), je décidais de renouveler ma première tentative et de me trouver, cette fois, un amant. Je republiai une annonce, le garçon qui y répondit vivait à l’autre bout de la France mais devait passer ses vacances dans notre région. Ce garçon (appelons-le Philippe) me plut, peut-être surtout par son indifférence aguicheuse.
J’étais en vacances, chez mes parents ; Jean travaillait, dans la ville proche. Je me sentais un peu honteux de l’avoir délaissé ; poussé aussi bien par l’habitude que par la mauvaise conscience ou par un instinct plus destructeur, je décidai que Philippe et moi passerions voir Jean durant le week-end.
Dès notre premier dîner à trois, il advint ce que je n’aurais jamais cru raisonnablement possible mais que, pourtant, j’avais quelque part prédit et favorisé : Philippe n’eut d’yeux que pour Jean et, de tout le repas, ne parla qu’à lui.
J’en fus atterré, sonné.
Mes vacances, interminables, se changèrent en cauchemar le jour où Philippe, dans mon studio où je l’avais attiré, me déclara avec désinvolture qu’il allait déménager (du bout de la France) pour vivre avec Jean.
Avec Jean ! Dont je n’avais pas voulu ! Qui avait si longtemps prétendu être amoureux de moi !
Je ne vais pas pousser le masochisme jusqu’à raconter où m’entrainèrent ma fureur, ma tristesse, ma déception, mon dégoût. Je rompis avec Philippe, envoyai à Jean des lettres venimeuses (que Philippe ouvrait, je l’appris plus tard) et, seul effet bénéfique de cette crise, déménageai à mon tour. A Paris.
Des années plus tard, Jean m’y retrouva. Il y vivait aussi, et toujours avec Philippe, mais leur existence n’était pas heureuse (Philippe, alcoolique, le battait), et ce seul détail me décida à reprendre contact. Je fis bien sûr tout mon possible pour qu’ils se séparent, mais leur histoire se délitait depuis trop longtemps désormais pour que mon intrusion y change quoi que ce soit.
Jean repartit (c’était un grand voyageur) et, je viens de l’apprendre, pour vivre à Budapest.
Je viens de l’apprendre parce que, si je l’ai cherché en vain sur Fesse-bouc, lui vient de m’y retrouver.
Que cela arrive aujourd’hui, avec une naïveté un peu fabriquée, je veux y voir un signe.
Nous ne nous sommes pas parlé depuis quinze ans, environ. Je ne pense pas que nous puissions renouer des rapports très intimes et, à dire vrai, cela importe peu.
Durant toutes ces années, j’étais mollement resté en contact avec l’autre Anglais, celui que j’avais dragué, et, bizarrement, la pérennité de ces contacts a, de ce côté, mené la relation à son terme, de telle sorte que, depuis deux ans, je ne réponds plus à ses cartes de vœux.
Paradoxalement, le fait que ma relation avec Jean ait, elle, été si fragmentaire, si souvent rompue, si virtuelle, la rend plus prégnante que cette autre relation, pourtant enrichie de nombreux séjours, souvenirs, crises et réconciliations vécus en commun.
Cette impression est certainement trompeuse, j’en suis conscient.
Mais elle est suffisamment forte pour qu’une fois de plus, je m’interroge sur l’incidence que peuvent avoir sur notre vie, respectivement, la réalité des faits et l’insistance des espoirs.
18/03/2009Tout m'énerve
Ouais, je sais : on va dire que ce titre est pompé sur Nicolas Pagès, le beau gosse qui s’est fait un nom en littérature (pouf, pouf) en suçant Guillaume Dustan.
Mais je ne vois rien de plus honnête à dire : tout m’irrite, tout me met à vif, tout me fait grincer des dents - y compris mes grincements de dents.
Depuis un moment, en fait, au moins depuis ma dernière rupture, la bulle d’irritation, de frustration, d’énervement, d’instabilité, de rancœur, gonfle, gonfle, et, chaque jour, je me dis qu’elle va éclater, en me laissant sur le carreau ou, au contraire, en évacuant le trop-plein d’acidité, pour ne laisser qu’un rafraîchissant bien-être, un délicieux lit de roses et de soulagement sur lequel épandre mes membres rompus, soulagés.
Mais non – ça grandit, ça gonfle toujours.
Chaque jour, je râle davantage, grince davantage des dents, j’éructe et me fais davantage d’ennemis.
J’envoie chier le pauvre type qui veut me passer devant dans la file d’attente, au supermarché, je déverse ma bile sur mon rédac’ chef, je hurle sur mes voisins, ces connards de claqueurs de porte, je réponds de façon cinglante au pauvre usager de mon association, je raccroche au nez du démarcheur, je gromelle en attendant mon tour chez le coiffeur, je zappe le gentil GAïen qui essaie de me parler, je descends en flèche la soprano vedette dans ma critique, je ferme rageusement le bouquin, à mon sens trop complaisant, de Truc, je vitupère la célébrité de Machin, je m’acharne sur le style de Bidule, je m’offusque de la réussite d’Untel, je me gausse du succès de Chose, qui sait toujours si bien souffler avec le vent.
Rien ne tourne rond, tous pourris, monde de merde, époque d’enculés, panier de crabes et vie de chiottes.
Résultat ? Mes voisins m’évitent, mon rédac’ chef me vire, mes « employeurs » m’oublient, mes « collègues » me fuient, mes « camarades » parlent dans mon dos, mes « copains » ne connaissent plus mon nom, mes amis marchent sur des œufs, ma famille me boude et je n’ai plus d’amant(s).
Apparemment, du moins, il me reste la lucidité.
Si je sais où le bât blesse, pourquoi ne pas réagir ? Essayer d’être un tout petit peu plus aimable, de voir les choses un tout petit moins en noir ? De souffler dans le sens du vent, moi aussi, de faire un tout petit peu semblant, de réapprendre à prendre un tout petit peu de plaisir au jeu de l’existence ?
Le problème c’est que, mon énervement, mes éructations, mon dégoût, c’est déjà de la lucidité : oui, mes voisins sont des connards, oui, Machin écrit comme un fion et a autant de tripes qu’un bol de gélatine, oui, Truc est un parvenu inculte, oui, les administrations sont des nids d’incompétents, oui, tout va à vau-l’eau, et oui, je suis moi-même une pauvre merde qui ne tire pas les conséquences de ses constats.
- « Rho, tu ne changeras pas le monde », s’échine à me répéter mon entourage.
- « Mais vous ne comprenez pas ?? Tout m’éneeeeEEEEEEErveuh, grooaaaAAArr ! »
- « Rholaaaaala, pète un coup, pfff ».
J’ai arrêté mes antidép’ il y a trois mois, et c’est là que je me rends compte que la plupart des gens disposent de leurs propres antidép’ naturels, génétiques, endémiques – je me rends compte que c’est ça qui me manque, depuis trois mois : l’aptitude à l’indifférence.
 |