J'écoute : du baroque
Je regarde : c'est le moins qu'on puisse dire !
Je lis : ouais, pas mal
Je joue : ouais, aussi, mais pas avec les sentiments (du moins pas les miens)
Je mange : Trop......
Je bois : Tout ce qui me tombe sous la main
Je cite : "Faites semblant de croire et bientôt vous croirez" (Pascal)
(mis à jour mercredi 20 février 2008 à 20:54)

30/06/2008

30/06/08 - 15:58

Travailler plus : la bonne blague





Depuis quelque temps, tous les dialogues avec mes proches ressemblent à ça :

Lui/Elle : Rhââââ, j’en peux plus ! Je bosse comme un(e) malade, je ne m’en sors pas ! Je rentre chez moi à pas d’heure, je n’ai plus de vie, je ne vois jamais ma famille, je ne sors plus, je ne fais que bosser, bosser, bosser !

Moi : Ben tu as bien de la chance, de bosser. Moi je me fais chier comme un rat mort. Je me sens socialement désintégré : pas de boulot, pas d’horaire, pas de collègue, pas de salaire. Je me lève à midi, me couche à quatre heures, passe mon temps au cinéma, c’est pas une vie !

Lui/Elle : Rhââââ, tu as bien de la chance ! Je n’ai mis les pieds dans une salle de ciné depuis des mois, je ne sais même plus ce qui sort, je n’ai pas mis le nez dans un bouquin depuis les calendes grecques et je ne sais même plus ce que signifie le mot « vacances ».

Moi : Bah, je ne vais pas te plaindre, hein. Au moins tu as un rôle dans la société, un statut, un revenu, tu ne passes pas ton temps à traîner : tu fais quelque chose.

Lui/Elle : Non, je ne fais rien : je BOSSE.

Moi : Ouais, c’est ce que je dis. Bon, excuse, j’ai pas le temps de papoter, là : j’ai une séance dans cinq minutes.


Le travail est aujourd’hui à la fois sous- et sur-évalué.

Sous-évalué parce que personne ne veut le rémunérer : on ne veut pas payer le travail, on veut juste qu’il soit fait, et peu importe le nombre de malheureux qui s’en chargent, leurs diplômes, leurs compétences, leurs capacités. La qualité du boulot effectué, on s’en branle : il faut que peu bossent beaucoup et pour rien.

Sur-évalué parce que, si vous n’avez pas de travail, vous n’êtes rien.
«Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » « Ben, rien ». « Mais tu es quoi, à la base ? » « Ben : rien. »
Pas de mutuelle, pas de CE, pas de congés payés, pas de complicité professionnelle, pas de réseau, pas de considération, pas de chance de trouver de travail si vous n’en avez déjà (eu) un, pas d’ « avenir » si vous n’avez un passé déjà bien rempli.

Le rapport de la société occidentale au travail apparaît symptomatique de son rapport aux choses en général : plus on s’approche du concret de la « chose-travail », plus on s’éloigne de son sens.



28/06/2008

28/06/08 - 19:17





En dépit de ce qu'en laissent paraître les images...









...une Gay Pride qui m'a semblée moins carnavalesque (donc moins fun) et plus politisée (donc plus nécessaire) que celles des dernières années :







Allez : un petit ange blond (pléonasme), pour finir :





16/06/2008

13/06/2008

13/06/08 - 19:57





Les Irlandais ont vengé tous ceux à qui on n'a pas demandé leur avis (ou dont on a bafoué l'avis).




10/06/2008

10/06/08 - 15:40

Lobbying




Une idée me trotte dans la tête depuis un moment. Elle reste un peu nébuleuse, mais je vous la livre, pour le cas où quelqu’un voudrait la développer.

Voilà : je trouve que nous ne tirons pas assez parti du formidable potentiel qu’est Gay Attitude.
Je ne parle pas précisément du site (qui est formidable, même si c’était mieux avant, blablabla), mais de ceux qui y sont inscrits.
Nous sommes nombreux, nous avons tous des aptitudes, métiers, capacités, dons, connaissances, atouts différents et je pense qu’il y aurait moyen de « rentabiliser » ces divers apports au moyen d’échanges, de coopérations. Pour employer un vocabulaire que j’exècre, on devrait pouvoir créer une synergie plus efficiente entre les différentes personnalités qui se croisent ici.

Bien entendu, cette « synergie » existe déjà, sur le plan amical et ludique. Il y a les MTG, les pique-niques, les Gaymer’s, les groupes d’affinités, les soirées privées, les annonces passées sur le Journal des inscrits, les tchats, etc. Mais je pense à quelque chose de plus pratique et de moins tributaire des rapports amicaux.

Par exemple : il y a ici des gens qui s’y connaissent en plomberie, en électronique, en cuisine, en musique, en littérature, en économie, en tir à l’arc, en diététique, en football, en biologie moléculaire, en physique quantique, en mandarin, en photographie, en massage cardiaque, etc. Et d’autres qui ne savent rien de tout ça mais possèdent peut-être quelque chose qui fait défaut aux premiers.
N’y aurait-il pas moyen de créer une « interface » rendant les échanges plus aisés, plus rapides, plus constants ? Genre : « échange heure d’anglais contre tarte au citron » ou « échange ménage à domicile contre gode taille 22 » ?
Vous voyez l’idée ?

Encore une fois, ces tractations existent bien entendu en privé mais sont forcément tributaires des liens déjà noués par ailleurs, des liens qui demandent du temps et restent hasardeux. Il s’agirait, dans mon esprit, de rendre ça plus systématique et, pour tout dire, fonctionnel.
Loin de moi l’envie de créer un « ghetto gay », où on ne fonctionnerait qu’en vase clos, sans jamais sortir de GA. Mais je connais pas mal de mecs cherchant, qui un appart’, qui un conseil d’ordre médical, qui un partenaire de squash, et en sont réduits à diffuser leur requête via les petites annonces, le JdI ou dans le cercle restreint de leurs intimes, ce qui revient à jeter une bouteille à la mer.

Je ne crois pas que ma proposition soit du ressort des webmestres : ils en font assez, il ne s’agit pas de leur demander d’imaginer un énième moyen de faire prendre la sauce, parce que ce qu’il faut surtout, c’est générer cette volonté de synergie (l’échec des groupes, à mon sens, vient de ce qu’ils ne répondent à aucune nécessité).

Alors, bon, je vous livre mes réflexions en vrac, et vos suggestions seront bienvenues…




28/05/2008

28/05/08 - 19:21

Le 18°...






...c'est déjà presque la campagne !








26/05/2008

26/05/08 - 20:06






Bon.
Cantet ça va nous changer des enculages de mouche(s) de Desplechin. Chouette.








20/05/2008

20/05/08 - 19:48

Sujet de philo







Commentez la citation suivante :

"Whatever is, is right."






19/05/2008

19/05/08 - 00:27

Blog en grève











Rendez-nous le Nico blog !











15/05/2008

15/05/08 - 20:07

Obtus




Hummm.
Je dois être totalement stupide, alors il faut m’expliquer : on va supprimer des postes d'enseignants (après avoir déclaré que l’éducation était un objectif prioritaire), dans le but, j’imagine, de faire des économies – mais on va financer un service minimum pour pallier les absences dues à ce manque d’enseignants et aux grèves qu’il génère ? La garderie plutôt que le savoir ?

Il y a là une logique subtile qui m’échappe totalement…



12/05/2008

12/05/08 - 14:48

Laico ma non troppo



J’avoue que tous ces jours fériés basés sur des fêtes religieuses me posent problème.
Il y a là une schizophrénie de la « laïcité à la française » par rapport à laquelle j’ai du mal à me positionner.

Après tout, nous avons bien souvent brandi cet argument de la « laïcité » contre certaines manifestations d’origine cultuelle (port du foulard, etc.) qui choquaient nos habitudes. D’un certain côté, j’adhère à cette attitude : je trouvais par exemple justifié d’interdire le port du foulard à l’intérieur des écoles et appréciais la pertinence de l’argument selon lequel ce foulard symbolisait une oppression de la femme qu'une république comme la nôtre se devait de dénoncer.
Mais peut-on, d’une part, asséner ces oukases de la laïcité et de l’autre sommer les musulmans, juifs et autres bouddhistes de chômer le 25 décembre, le 12 mai, le 24 mars – sans parler des dimanches ?

Là se pose le problème fondamental : la ligne de séparation floue séparant la tradition (l’identité ?) nationale de l’héritage religieux.
Ainsi, il semble qu’à plus ou moins long terme l’intangibilité des célébrations religieuses « secondaires » (Pentecôte, Assomption, Toussaint) soit vouée à céder devant les contraintes du « marché », du « monde moderne » : il est très probable que, prochainement dans le futur, on oublie la raison qui faisait de ces jours des jours chômés.
Mais la question du dimanche marquerait un pas de plus dans l’évolution sociale : si les Français seraient sans doute assez vite disposés à renoncer à certains repères qui n’en sont plus pour la majorité d’entre eux, s’attaquer à d’autres, qui marquent leur rythme de vie depuis plus longtemps et ont plus profondément infléchi leur sociabilité, leur paraîtrait inacceptable.
Dans un cas, l’argument de la laïcité pourrait fonctionner mais pas dans l’autre ; dans un cas, les Français auraient simplement l’impression d’un recul naturel et inéluctable de l’empreinte religieuse, dans l’autre, ils se rebelleraient contre une atteinte à leur national way of life – sans remarquer que dimanche comme Pentecôte ont la même origine chrétienne.
Là se situe l’ambiguïté, l’hypocrisie.
Personnellement, en tant qu’athée, je crois faire partie de cette majorité de veaux qui se ficherait comme d’une guigne de voir disparaître Assomption et Pentecôte (hors compensation sociale : ceci est un autre débat), mais serait absolument outrée qu’on lui ôte Noël : je veux bien sacrifier la signification cultuelle mais pas la tradition festive. Je veux bien oublier le culte mais pas la culture - or, où commence l'une, où finit l'autre ?...

Néanmoins, si j’étais un chef d’entreprise musulman vivant en France, je trouverais franchement injuste de devoir payer des taxes pour avoir fait travailler mes employés le jour de Noël à une société qui, par ailleurs, se prévalait de sa laïcité pour me retirer de mon salaire le temps que je passais à faire mes cinq prières quotidiennes lorsque j’étais salarié...

Si notre société est si laïque qu’elle le dit, elle devrait faire disparaître de son calendrier comme de ses célébrations toute référence à une religion donnée. Ce serait dès lors renoncer à une part importante de notre héritage culturel, de notre inconscient collectif – chose que je serais le premier à déplorer.

Il est totalement hypocrite de présenter au monde l’image d’une société laïque, a-cultuelle, alors que nous savons pertinemment qu’une part énorme de nos fondements civiques est issue de la tradition chrétienne. N’y a-t-il pas quelque bouffonnerie, par exemple, à s’élever contre l’entrée de la Turquie dans une Europe que nous prétendons dégagée de toute identité religieuse, sous prétexte que son héritage musulman est encore socialement perceptible ? Et, alors que nous prônons si volontiers à l’échelle mondiale, cet « humanisme laïque » ennemi de tous les fanatismes, sommes-nous pour autant prêts à jeter aux orties les réflexes moraux, les interdits, les tabous, les plis intellectuels, les codes de vie, les cadres familiaux que nous ont inculqués vingt siècles (et dans ce seul décompte des siècles, l’empreinte se repère) de christianisme ?

En tant que Français athée, je ne suis pas plus capable qu’un autre de préconiser des solutions à ce dilemme – mais j’estime tout de même qu’on devrait plus ouvertement le poser.




09/05/2008

09/05/08 - 01:42

Un jeu qui me manque



"Personne ne veut plus l'admettre, mais les couples homos réussis jouent un jeu permanent de permutation des rôles. Chacun à son tour, l'un des membres du couple joue "l'homme", tandis que l'autre jouit provisoirement de cette projection de virilité biologique."

(Bruce Benderson, "Autobiographie érotique")





08/05/2008

08/05/08 - 13:56

Hé, les filles...




...il va faire super beau encore un moment : on s'organise un 'tit pique-nique ?


08/05/08 - 00:24

Lost




Fiche d’inscription d’un français de 42 ans (et non d’un immigré de 5 ans et demi, fraîchement débarqué), sur un site gay :


« Peux être le bon cite ? j’amerai rencontré ma moitier »


Booouhhhh, je veux retourner sur ma planète….



01/05/2008

01/05/08 - 17:38

Connais-tu le pays... ?



Quel est ce pays dont la musique me donne la nostalgie ?

La musique de Dvorak, de Moussorgski…
Qui me parle de contrées que je connais pas, d’époques que je n’ai pu connaître, de sensations, de langues qui n’ont pas été les miennes ni celles de mes ancêtres.
Peut-on éprouver la nostalgie de quelque chose qui nous est étranger ?

Même nostalgie à la contemplation d’un beau visage. Comme si j’avais pu être là, un jour, derrière ces traits, comme si cela avait pu être mien un jour. Je ne comprends pas ce qui se passe là-derrière, et ressens pourtant une profonde familiarité.

Nostos (le retour) Algie (la douleur)

Comme une impossible, délicieuse et infinie résurrection…

Ce pays – serait-ce tout simplement, je ne sais, le temps où, fœtus, nous entendions par notre corps, comprenions en percevant, voyions en sentant, participions sans être, étions sans savoir, savions sans connaître, ce temps où l’autre n’était pas moins familier que le même ?



01/05/08 - 16:14

Pic




Je m’en faisais une montagne, je reportais, jour après jour, semaine après semaine, mais, finalement, je l’ai mené à bien, mon ménage.

C’est fou ce qu’on dégueulasse quand on vit et fume constamment chez soi.
Vivement que j’aie un petit ami, pour pouvoir fumer chez lui !



01/05/08 - 01:48

En somme



Parution du livre retardée.
Concours raté.
Malade, doublement.
Brouilles, déceptions.
Marée basse professionnelle.
Amis au loin.
Et autres.

Mais une sonate pour violoncelle de Prokofiev, aux petites heures de la nuit, ou du jour, selon sur quel pendant du globe on se place, et on se réconcilie avec la vie...


27/04/2008

27/04/08 - 13:55

Don Juan et Donna Anna



Dans La Dialectique du Moi et de l’inconscient, Carl Jung a cette formule choc : « bien des malheurs viennent de ce que l’homme cherche la Femme dans toutes les femmes et que la femme cherche à retrouver tous les hommes dans un seul homme. »
Il s’agit d’une simplification, bien sûr, mais qui, comme telle, possède un fond de vérité que l’on peut retrouver dans le milieu homo (en remplaçant « femme » par « homme ») – où se rencontrent à profusion ces deux profils pathologiques : Don Juan (le coureur) et Donna Anna (l’hystérique).

De ces deux types, chacun de nous possède bien des traits, de façon soit synchronique, soit diachronique : par exemple, pour ma part, je me souviens avoir été la plus collante des Donna Anna avec mes premiers mecs, alors que le dernier me reprochait d’être un Don Juan. Ces traits de caractère ne deviennent pathologiques que poussés à leur acmé, devenus des réflexes auxquels on ne peut se dérober.
Don Juan et Donna Anna sont tous les deux accros : l’un à la nouveauté, l’autre à un seul objet. Et ce sont tous deux des frustrés.

Le premier est toujours en train de courir après une nouvelle conquête. C’est un chasseur, un consommateur ; n’importe quelle proie fera l’affaire pourvu qu’elle soit nouvelle.
Pourtant, de cette « nouveauté », il n’a finalement aucune idée. Il ne regarde jamais vraiment ses proies. Il ne goûte jamais vraiment ce qu’il consomme. Il est comme un type qui se gaverait de M&M’s mais jamais jusqu’au bout, seulement en en suçant la gangue de chocolat pour cracher le reste, et qui s’étonnerait que, malgré leurs couleurs différentes, tous les M&M’s aient le même goût.
Don Juan ne prend jamais grand plaisir à consommer ses aventures car le plaisir est toujours plus loin, devant lui, comme la carotte de l’âne. Le Mec, ce sera toujours le suivant. Il galope après une chimère et plus il galope, plus il s’en éloigne car la succession des déceptions le rend toujours plus insensible, toujours plus difficile à émouvoir, à toucher, à faire bander.
Il n’a pas vraiment de vision précise du « mec idéal » ; ce qu’il sait c’est que le mec idéal n’est jamais celui avec qui il sort, à qui il manque trop de ceci, trop de cela, ou qui a beaucoup trop de cela et de ceci. Pire, Don Juan finit par savoir d’avance qu’un mec ne sera pas idéal : du coup, il reste sur sa réserve, communique à peine, s’engage du bout des doigts, se donne à moitié si ce n’est au dixième et, à force de rationner sa présence, son abandon et ses émois, il ne ressent plus rien qu’un vide immense, communiquant ce vide à ses amants.

Donna Anna, elle, fonctionne sur le principe de l’imprégnation, dégagé par les naturalistes : quand un poussin sort de l’œuf, il s’attache au premier objet qui touche ses sens – généralement la poule. Mais si vous remplacez la poule par une cane, une chienne ou un robot, le poussin les suivra et les considérera comme sa mère.
Donna Anna jette son dévolu sur n’importe qui. N’importe qui peut servir d’écran à la projection de son fantasme. Elle s’attache, elle se cramponne, elle tombe « folle amoureuse », ne vit plus, ne pense qu’à Lui, rêve de Lui, cuisine pour Lui, se fait belle pour Lui, mais Lui n’a la plupart du temps rien à voir avec le véritable conjoint.
Comme Donna Anna finit par se rendre compte que le crapaud qui partage son lit ne ressemble que de fort loin au petit prince de Lu, elle va s’évertuer à transformer l’un en l’autre : elle va demander au crapaud de changer de coiffure, de boulot, de s’acheter de nouvelles fringues, une Harley-Davidson, de se faire greffer une grosse bite ou étirer les jambes de soixante centimètres. Elle n’en aura jamais assez, elle tourmentera le pauvre crapaud jusqu’à ce que celui-ci, épuisé, retourne se noyer dans son marécage.
Contrairement à Don Juan, Donna Anna communique à outrance, elle parle, revendique, elle s’ouvre, elle veut que « tout soit clair », qu’il n’y ait « pas de malentendus », qu’on se raconte tout, qu’on se montre réciproquement ses points G, qu’on avoue ses faiblesses, ses fantasmes, qu’on partage, qu’on fusionne, qu’on vive dans perpétuel orgasme de mots et de sensations. Mais à force de se rapprocher de l’autre, de loucher sur lui, elle finit par le perdre de vue ou par le gober.

Dans les deux cas, ce qui manque, c’est l’empathie. Qui n’est pas synonyme de sympathie – mais signifie plutôt la capacité à reconnaître l’autre pour autre, sans en venir à le rejeter ou à vouloir lui ressembler.
Qui dit défaut d’empathie dit manipulation : Don Juan considère les autres comme des objets, des sortes de godes vivants, substituables à l’infini. Donna Anna se cantonne à un seul gode, mais elle ne cesse de le tripoter, de le transformer, de le plier, de l’améliorer, jusqu’à ce qu’il perde totalement sa forme propre.

Ni Anna ni Juan ne savent regarder l’autre, encore moins l’écouter, le respecter, chercher à le connaître, à se familiariser avec lui. Ils ne découvrent jamais rien de neuf, ni personnes, ni plaisirs, ni sentiments, ni rêves. A travers l’autre, c’est avec leurs propres fantasmes qu’ils baisent, ce qui a pour but un appauvrissement considérable de leur vie amoureuse, car passer sa vie à baiser avec quelques malheureux fantasmes racornis d’adolescent, en leur refusant tout renouvellement, toute modification, toute réactualisation, toute fécondation, régénération par autrui, par l’extérieur, le réel, les use rapidement.

Anna et Juan sont des personnes très structurées : l’autre n’est jamais admis à les « pénétrer », il est toujours réduit à un rôle « passif », rôle dont, d’ailleurs, Juan et Anna se plaignent (ils rêvent de se faire sauvagement « prendre » par de nouvelles sensations !), sans se rendre compte que leur attitude de prédateurs à la vue courte en est responsable.

Juan et Anna ne redoutent rien tant que d’être bousculés ; du coup, durant toute leur existence, ils se contenteront d’être frôlés et mourront sans comprendre pourquoi ils n’ont rien connu de ce dont parlent les livres…



26/04/2008

26/04/08 - 13:52

Humeurs




Je me sens un peu annagavaldien, là.

Pour ne pas dire baudelérien.

Voire même carrément thomasbernhardien.


20/04/2008

20/04/08 - 21:48

Qui ? Moi, blonde ?



Tout à l’heure, sur un chat gay : un potentiel plan cul de 28 ans, c’est-à-dire passablement plus jeune que moi (oui, bon, ça va, vos gueules), me fait un rentre-dedans d’enfer : que mes photos valent les tableaux de Michel-Ange, ma plastique est digne du David du susdit, ma présentation aussi spirituelle que l’œuvre intégral de Guitry, mon caractère apparemment aussi doux que tous les parfums d’Arabie, ma sensualité plus grande que celle de Messaline, etc, etc.
Vaguement flatté sur les bords, je me laisse embrigader dans une conversation cybernétique à finalité copulatoire, et, lorsque le minet me demande « on peut pas causer deux minutes au tél. ? », contre mon habitude, je lui livre benoîtement mon numéro.

Driiiing, fait aussitôt l’appareil.
- « Allo ? Olivier ?
- Oui, salut Olivier.

[il se trouve que ce jeune-homme vient confirmer ma profonde théorie, selon laquelle 90 % des pédales portent le même prénom que moi. ]

- ça va ? qu’est-ce que tu fais de beau, aujourd’hui ?
- Ben tu vois, je t’attends.

Et patati et patata…

Au bout d’un moment, je m’avise d’un rendez-vous qui va m’obliger à écourter la conversation. Je demande donc à mon interlocuteur :
- Dis-moi, peux-tu me donner ton numéro ? Je te rappelle un peu plus tard.
Et là :
- Bip, bip, biiiiiiip, répond l’appareil.

J’avoue en avoir été fort mortifié. J’imagine que mon timbre de voix et l’urbanité de ma conversation ne cadraient pas avec l’idée de mâle bestial que le garçon s’était faite de moi. Mais les fantasmes ne sont-ils pas faits pour affronter l’épreuve du réel ?