Rue Sébastien-Bottin
J'ai vu mon éditeur, aujourd'hui...
Ca fait tellement chic de dire ça - surtout lorsqu'on emploie l'adjectif possessif - qu'il faut se hâter de le faire. D'autant que ce ne sera plus très longtemps "mon" éditeur... Il a commencé par me couvrir de louanges: c'était très bien, très intéressant, documenté, mignon tout plein, blablabla. Puis il a sorti de sous son bureau mon gros tapuscrit. Chacune des 250 pages était couverte de ratures, de points d'exclamation, d'annotations rageuses au crayon. "Voilà. Je pense que vous en avez pour une petite dizaine de jours à faire les corrections? Revoyons-nous le 26."
Je suis très reconnaissant à mon éditeur. D'abord, il m'a fait rajeunir de presque quinze ans, j'ai l'impression d'être à nouveau étudiant: j'ai passé trois quarts d'heure à hocher la tête en souriant, la mâchoire crispée et la nuque souple, comme du temps où je tremblais devant mon directeur de recherches. Et puis, il vient de me donner dix jours de travail de rab, alors que je mourais d'angoisse - rien à faire devant moi, bouquin fini, solitude, vide sidéral, ennui désespérant: dix jours de travail pro deo, et du travail mâché, je n'ai qu'à mettre au propre ses gribouillis, il sera flatté.
Du coup, je n'ai pas même à me préoccuper de trouver une date ou une destination de vacances: je peux rester dans mon lit en m'imaginant que je TRAVAILLE et que je gagne des sous.
Et puis mon éditeur a fumé cinq cigarettes brunes pendant que j'étais dans son bureau, ce qui m'a apporté une dose de nicotine suffisante pour les deux ou trois heures à venir; je pourrai économiser les quelques cigares qu'il me reste. Mon éditeur est vraiment un type bien, il pense à tout.
12/07/04 - 21:59
"Rue Sébastien-Bottin" juste avant "J'ai vu mon éditeur, aujourdhui...".
Hem. Népomucène jaloux.
M'enfin, félicitations quand même. :-)
Népomucène (visiteur - site web)