28/12/2005
Rêve
Je ne suis pas quelqu’un qui pense aux morts, à la mort, à ma mort.
Par nature et aussi par volonté.
Je pleure un peu aux enterrements, je m’attarde parfois au souvenir de ma grand-mère, je cite ses phrases fétiches, je me remémore des anecdotes, rien de plus. Contrairement au reste de ma famille, je ne suis guère sentimental, je n’aime pas me vautrer dans le passé, l’œil humide et les lèvres tremblotantes.
En conséquence de quoi, la mort, les morts, parfois, me prennent en traître.
Cette nuit, j’ai fait un rêve qui évoquait mon défunt cousin.
Je ne m’en rappelle qu’une partie.
Nous voyagions, ma sœur et moi ; nous étions descendus dans un hôtel et l’on nous avait donné la chambre qu’avait longtemps habitée mon cousin. Ma sœur ignorait son décès. Nous nous sommes couchés, dans des lits jumeaux ; je dormis très mal, je rêvais que j’avais sommeil, que quelque chose me retenait dans la veille. J’ouvris les yeux ; la lampe était allumée ; ma sœur me parlait, depuis un moment, semble-t-il ; elle répétait sans cesse : « il est rentré, il veut sa chambre. »
J’étais épuisé, je voulais me rendormir. Dans les brumes du demi-sommeil, je lui racontais que notre cousin était mort. Depuis longtemps. Quinze ans. Mais elle refusait de me croire, elle avait entendu du bruit dans la salle de bains. Pour la faire taire, je me forçais à me lever. J’ouvris grand la porte de la salle de bains : « tu vois, il n’y a personne. »
Il n’y avait personne, en effet. Mais, au dessus de la baignoire, sur une corde à linge, pendaient des vêtements encore humides, comme si on venait de les laver, s’égouttant avec un bruit sinistre.
Je me suis réveillé le cœur battant, terrorisé.
Encore engourdi, je suis allé boire un verre d’eau à la cuisine. L’horloge lumineuse éclairait la pièce d’une lumière glauque : « 4 h 58 ». En refermant la porte sur moi, je me suis retrouvé dans l’obscurité totale.
Soudain, le sol semblait se dérober. Je ne parvenais plus à me diriger. Je lançais les bras autour de moi, mais les objets avaient changé de place.
J’avançais, trop vite, mon nez heurta un mur. Je m’affolais. Je tentais de contourner le mur sur la droite et me trouvai acculé dans un coin. Je suffoquais. Mes mains tâtaient la surface hostile à la recherche d’un interrupteur ou ne serait-ce que d’une plinthe, d’un repère. Rien, le mur semblait sans fin. Mur à droite, mur à gauche. Je m’y cognais comme un papillon fou auquel on aurait arraché une aile. Ma jambe fut frappée par quelque chose et je tombai en arrière.
Sur mon lit. Mon lit ! Etais-je déjà dans ma chambre ? Mais où se trouvait le mur ? Maintenant, il n’y avait plus de mur. Je ne savais dans quel sens je devais m’allonger ; autour du lit, que vide et ténèbres, je flottais au dessus d’un abîme. Mes mains virevoltaient dans l’ombre comme des chauves-souris.
J’ai attrapé un objet froid, rassurant, appuyé sur le bouton. La lueur bleue de mon téléphone portable a brièvement éclairé la pièce, telle une grotte. Les masques africains que collectionnent mes parents m’ont contemplé de leurs yeux caves. Le profil de falaise de l’armoire de chêne me dominait.
Le portable s’est éteint, mais je savais où j’étais. J’ai rabattu le drap sur ma tête. Je retrouvais mon nom, ma place, mon histoire, ma situation dans le temps et l’espace, le moment exact du film, mes préoccupations usuelles, mes réflexes de pensée, le cynisme de RonanS.
J’étais rentré dans ma peau.
Je pouvais me rendormir sans risque : pour l’instant, je n’étais pas mort.
Le lendemain matin, mon père m’a annoncé une mort.
Pas celle d'un proche, certes, mais j’ai frissonné.
Elle était passée et nous avait ratés.
24/12/2005
Ravissante et câline surprise
dans le jardin, ce matin….
21/12/2005
Aphorismalacon
Pour planer,
mieux vaut s’élancer d’un arbre.
18/12/200515/12/2005
Annonce sérieuse :
Cherche aviculteur sévère
pour surveiller étroitement
(mais pas trop)
poulet de grain fêtard
en mon absence.
Références exigées.
10/12/2005
Puisque c’est de Pheel, c’est forcément sympa à faire…
1. Dites nous qui est né(e) le même jour que vous ?
Bedrich Smetana, en 1824.
2. Quand fut votre premier baiser ?
Aucun souvenir. Le mec rencontré à la FNAC, peut-être ?…
3. Est-ce que vous avez déjà sérieusement vandalisé la propriété de quelqu'un ?
Non, mais j’y songe.
4. Avez-vous déjà frappé une personne du sexe opposé ?
Je ne crois pas… Ah, si, ma sœur, sans doute, mais y a longtemps !
5. Avez-vous déjà chanté devant un grand nombre de personnes ?
Oui.
6. Quelle est la première chose que vous remarquez chez l'autre sexe ?
Ben je ne le remarque pas beaucoup, en général… Le parfum, disons.
7. Qu'est-ce qui vous excite vraiment ?
Qu’on m’embrasse.
8. Qu'est-ce que vous commandez au Starbucks ?
Jamais allé encore. Mais certainement un truc plein de mousse, de crème, de café, de chocolat, plein de tout, quoi.
9. Quelle a été votre plus grande bêtise ?
Oh la la, le choix est trop grand. Ne pas entrer dans une certaine voiture, je dirais.
10. Vous êtes vous déjà fait mal exprès ?
Evidemment, je fais ça tout le temps.
11. Dites quelque chose sur vous, au hasard.
Pas trouvé le bouton off
12. Est-ce que vous matez encore les dessins animés (films, tv) et les émissions pour enfants ?
Les dessins animés, oui, au cinéma.
13. Est-ce que vous avez porté un appareil dentaire ?
Non. J’aurais du.
14. Est-ce que vous êtes satisfait de votre taille ?
ça va.
15. Quelle est la chose la plus romantique qu'on ait fait pour vous ?
Beuh. M’envoyer les pompiers, je crois.
16. Quand savez-vous que c'est l'amour ?
On ne sait jamais, c’est pour ça qu’on essaie sans cesse.
17. Parlez-vous d'autres langues ?
J’en lis trois, mais n’en parle aucune couramment.
18. Avez-vous déjà fait des séances d'UV ?
Non. Plutôt crever.
19. Quel(s) magazine(s) lisez-vous ?
Télérama, Diapason (vous êtes encore là ?)
20. Etes-vous déjà monté dans une limousine ?
Non.
21. Est-ce qu'une personne très proche de vous est déjà décédée ?
On peut dire ça.
22. Regardez-vous MTV ?
Non. Plutôt pourrir éternellement en enfer.
23. Qu'est-ce qui vous énerve vraiment ?
Tout m’énerve, vous le savez bien. Mais ce qui me transforme vraiment en serial killer, c’est LE BRUIT.
24. Qu'est-ce que vous aimez vraiment ?
Trop de choix, à nouveau. La Chantilly, la mer, les hommes, le cigare, être couché.
25. Aimez-vous Michael Jackson ?
Beuaaaark. (ça vous va, comme réponse ?)
26. Savez-vous danser ?
Je ne crois pas.
27. Avez-vous déjà sérieusement cru que vous alliez mourir ?
Non. Je n’y pense guère.
28. Est-ce que vous lisez vraiment les questionnaires des autres ?
Je les survole. Je survole toujours tout.
09/12/2005
Plusieurs images me viennent :
nous serions deux personnages des Rois maudits,
tous deux empoisonnés,
et il n’y aurait qu’un seul antidote ;
tu voudrais que je le prenne et moi je te le cèderais :
à force d’atermoiements, nous mourrions tous deux.
Ou : nous nous gelons les miches, en Antarctique,
nous n’avons qu’un manteau pour deux,
pour l’instant je le porte,
mais, malgré ton refus, je veux absolument te le passer :
trop tard, tu es tout froid et moi, épuisé par l’effort,
je me congèle, le manteau à la main...
Il n’y a pas de fatalité,
juste une erreur de timing
- manquerons-nous toujours nos rendez-vous ?
08/12/2005
| Your Eyes Should Be Hazel | 
Your eyes reflect: Intellect and sensuality
What's hidden behind your eyes: Subtle manipulation |
They should be, but they're not...
07/12/2005
J’ai trouvé DIEU !
Dieu est un Martini-gin bien frais
..avec des Bretzels…
06/12/2005
L’ivresse du moins
“Vivre moins pour vivre moins mal”.
Je ne sais où j’ai lu cette phrase, qui résonne en moi comme une tentation récurrente.
Vivre moins…demander, attendre moins… vouloir, espérer moins… Car il suffit de commencer à vouloir pour vouloir indéfiniment. Il suffit de monter une marche pour devoir se taper tout l’escalier.
Vous passez un concours, vous voudrez ensuite trouver un poste, puis avoir une augmentation, puis une promotion, puis plus de responsabilités, plus d’argent, plus d’avantages, moins de chefs… Vous rencontrez quelqu’un, vous avez envie de le revoir, encore et encore, puis de le séduire, de vous l’attacher, mais après il faudra vouloir le retenir, vivre avec, envisager le futur... Vous achetez un appartement, et après vous voudrez le repeindre, le redécorer, mettre des étagères, acheter des meuble pour le remplir, puis des ustensiles, des couverts, des fringues pour remplir les meubles, puis agrandir l’appartement ou, mieux, en acheter un autre, pour les vacances, et recommencer tout le processus : redécorer, remplir, agrandir…
Alors souvent, la tentation de moins vouloir, de vivre moins se pointe.
Acheter un appartement, pourquoi faire ? Serais-je plus heureux avec 10 m² de plus ? Et rien que d’imaginer les travaux, le déménagement, les aménagements… Entreprendre une relation, à quoi bon ? Me taper des nuits d’insomnies, attendre un coup de téléphone, devoir bousculer mon emploi du temps, mitonner des petits plats, imaginer sorties et vacances à deux, devenir jaloux, veiller à rester attirant, soigné, convivial, tonifiant… ? Courir après un poste, quel intérêt ? Gagner quelques euros de plus, pour avoir plus d’impôts à payer, moins de temps, plus de frais, plus de soucis, des collègues à ménager, une carrière à planifier… ?
Alors que, finalement, on n’est pas si mal dans son petit studio calfeutré, avec ses plans Q pas dérangeants, sa vie au jour le jour...
Oui, avoir une vie minuscule, toujours plus minuscule, tellement que rien ne peut la menacer, que rien ne peut lui être ôté, apparaît, souvent, très souvent, comme la solution, la voie de la sagesse…
Une oasis reposante sur laquelle se replier, enfin, après tout ce tapage…
Pour un temps…
03/12/2005
Conversation
Lorsqu’on mon « premier amour » m’a quitté, j’ai fait des pieds et des mains pour le reconquérir. Il avait disparu, je l’ai traqué dans tout Paris, je voulais une explication. J’ai fini par le coincer. Après moult tractations par téléphone, j’ai obtenu un (dernier) rendez-vous.
Je m’y suis longuement préparé. J’avais écris sur un pense-bête tout ce que je voulais lui dire (tous mes griefs, autrement dit). Je ne voulais rien oublier, je me suis bien entraîné. Il est arrivé, je l’ai fait asseoir en face de moi, je lui ai demandé de ne pas m’interrompre (tout juste si je ne lui ai pas dit : « ta gueule, je cause ! »). J’ai tout sorti, dans l’ordre, avec les enchaînements logiques, les liens de cause à effet (ceux qui me connaissent ici savent que je ne suis pas trop mauvais en rhétorique…) - thèse, antithèse, synthèse : t’es un sale con.
Quand j’ai eu fini, il m’a regardé, il a ouvert la bouche, levé les mains en signe d’impuissance, refermé la bouche, s’est levé et s’est cassé. Définitivement.
Là, j’ai commencé à comprendre un truc.
Il y a eu d’autres occasions comme ça. Avec l’un des «derniers amours », j’ai recommencé, par e.mail. Ma dissertation était brillante mais le résultat n’a pas été plus probant...
Pour le suivant, ça a mieux marché. On s’est vus une fois, deux fois, puis ça a commencé à me lasser, j’avais décidé de coucher avec lui. Je l’ai embobiné avec mes démonstrations, lui ai démontré par A plus B, avec tous les enchaînements logiques que, franchement, c’était ce qu’il y avait de mieux à faire – miracle, ça a marché – et, quand il a voulu se casser à son tour, j’ai continué à l’embobiner, à lui démontrer que l’un dans l’autre, il fallait continuer à coucher ensemble, et ça a encore un peu marché. Mais pas longtemps.
A la réflexion, je me suis rendu compte que j’avais probablement eu davantage envie de le convaincre (et de me convaincre ?) que de me le faire…
J’ai fini de comprendre un truc.
Un truc que, récemment, j’ai expérimenté à nouveau, au cours d’un dialogue un peu surréaliste qui a duré la moitié d’une nuit. Pendant tout ce temps, je me demandais : « mais que cherche-t-il ? que veut-il ? que ne veut-il pas ? » Et puis, à bien y songer : « qu’est-ce que tu cherches à obtenir toi-même ? quel est l’enjeu de ce débat ? où vas-tu ? où tends-tu ? »
Et je ne savais pas. Et je ne sais toujours pas, ni pour l’un, ni pour l’autre.
Alors, je crois avoir compris pourquoi c’était une vraie conversation - ce que n’avaient pas été les autres.
C’était une vraie conversation parce que nous ne savions pas où elle allait, nous ne voulions rien.
Nous ne faisions que nous toucher avec des mots.
La conversation c’est un peu un bébé : elle a deux parents, mais elle n’appartient à aucun d’eux, elle ne ressemble totalement à aucun d’eux, elle leur échappe ; elle grandit pour elle-même, elle devient elle-même, elle choisit elle-même sa propre direction, son destin.
Et, souvent, quand elle a grandi, elle change ses parents et les fait grandir à son tour…
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