22/04/2005 Contribution au débat
La semaine dernière, Marc Jézégabel signait dans Télérama un édito embarrassé, dans lequel il appelait finalement à voter « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel, pour « ne pas marginaliser la France » et ne pas « retarder le processus ».
Honnêtement, le journal offrait cette semaine à ses lecteurs l’occasion d’en débattre. Je vous livre ci-dessous deux des lettres publiées : l’une d’un(e) partisan(e) du « non », l’autre d’un partisan du oui.
« Que Télérama lance un débat sur le référendum, c'est bien. Que l'éditorial de Télérama soit un plaidoyer pour le OUI est largement plus contestable... La phrase qui interroge le plus est celle-ci : « cette Constitution n'est en fait qu'un 'règlement intérieur.' Qui plus est de compromis. Difficilement réductible à un choix binaire jeté en pâture au suffrage populaire. » Eh oui mon bon monsieur... Le peuple est un peu sot. Il ne peut pas comprendre les subtilités que les élites éclairées, elles, dominent facilement. Le peuple est trop mû par ses sentiments plutôt que par l'analyse ! Le peuple est trop « populaire », trop peuple... Une foule immonde à laquelle on jette en pâture comme aux lions un texte si contestable, mais qui ne devrait pas être contesté . L’Europe est si belle ... Savez-vous? Je vais voter NON. Pas à cause du contexte « franco-français » comme vous le laissez entendre. Je voterai NON à la Constitution, et NON à Chirac, plus tard. Attention, je le redis :je ne vote pas NON à Chirac et à ses sbires au travers de mon NON au traité constitutionnel, je vote NON au traité constitutionnel parce que justement il est loin d'être un règlement intérieur... C'est fou ce que je suis capable d'être subtile moi aussi. Le peuple est parfois étonnant. » PASCALE FOURIER, Montrouge
Mon commentaire se bornera ici à souligner la phrase qui m’interpelle le plus (en gras ci-dessus)
« Bravo pour l'édito de Marc Jézégabel. Je pense toutefois que quelques précisions seraient utiles pour une compréhension plus forte de la nécessité de voter OUI. L'argument des partisans du NON repose, en matière économique, sur le prétendu «ultra-libéralisme » du projet de Constitution, fondé sur le principe du libre échange et d'une concurrence libre et non faussée. Primo, ces principes existaient déjà dans le traité de Rome. Deuxio, si on est contre le libre-échange, c'est que l'on est pour le protectionnisme. On est donc contre le marché unique, donc contre l'Europe. Si on est contre une concurrence libre et non faussée, c'est que l'on est partisan des ententes, des positions dominantes, des monopoles, du dumping. Et où serait la défense du consommateur dans un tel cas de figure ? Ce serait plutôt ça, l’ultralibéralisme. A moins que l'on soit partisan d'une économie planifiée, dirigée et fermée. Demandons aux citoyens des ex-pays du bloc soviétique ce qu'ils en pensent… En réalité, l'Union permettra aux pays moins riches d'accéder à un niveau de richesse supérieur et, corrélativement, de remonter progressivement le niveau de leur protection sociale. »
CHRISTIAN TINGRY, Cadenet
Une fois encore, les arguments de ce partisan du “oui” me réjouissent car, à mon sens, ils confortent la légitimité du “non”.
Ils reposent essentiellement sur deux amalgames déjà lus sous la plume de Chapichapo et de Theopiscence (ils me diront à nouveau que je déforme leurs propos, mais vous pouvez les lire dans le forum).
La première de ces collusions tend à assimiler « libre échange » et « démocratie » ; la seconde à considérer que toute limitation de la prédominance du marché dans les rapports entre les peuples et les individus équivaut au protectionnisme soviétique. Nombre de modèles alternatifs aujourd’hui tentés (notamment en Argentine) prouvent combien cette opposition binaire est caricaturale.
Non, messieurs, être contre une interprétation purement économique des rapports humains et une libéralisation sauvage des échanges, ce n’est pas être un féroce communiste avide d’immoler les libertés individuelles... Contrairement à ce que je vous semblez croire, la liberté d’un homme ne se borne pas à la liberté d’échanger, de faire du commerce. Contrairement à ce que suggère l’auteur de cette lettre, le synonyme de « démocratie », ce n’est pas le « libre échange ». Le libre échange, il existe aussi dans la jungle ! Si les hommes vivent en démocratie c’est surtout en vue de promouvoir une solidarité qui, justement, demande une certaine régulation de la priorité mercantile.
En mettant en évidence ce dangereux amalgame que certains « gens de gauche » prennent généralement soin de dissimuler et qui a dicté ce Traité aux connotations ultra-libérales, ce M. Tingry me rend bien service ! Merci !
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22/04/05 - 19:44
Je ne dirais pas que tu déformes mes propos, je dirais juste que tu les inventes... lol !
Je ne me rappelle pas avoir assimiler «libre échange» et «démocratie» (ce qui serait stupide, mais bon après tout je ne suis plus à une stupidité près...) ni considérer que toute limitation de la prédominance du marché dans les rapports entre les peuples et les individus équivaut au protectionnisme soviétique.
Mais peu importe, peut être est ce ma mémoire qui me fait défaut, toujours est il que j'ai en effet défendu le libéralisme et la concurrence libre et non faussée.
Pour autant, je ne suis pas pour un libéralisme "sauvage", ce pour quoi tous les gens de gauche essaie de faire passer les libéraux.
Je ferais justement remarquer que le principe de concurence libre et non faussée permet d'empécher le libéralisme sauvage en empéchant les abus des grandes entreprises !!
Et ça, bizarrement, personne ne le dit...
Mais c'est grace à ce principe qu'on peut éviter que toute l'économie ne se retrouve au mains de quelques personnes ou entreprises puissante et qu'on peut ainsi préserver les "petits".
theopiscence