J'écoute : du baroque
Je regarde : c'est le moins qu'on puisse dire !
Je lis : ouais, pas mal
Je joue : ouais, aussi, mais pas avec les sentiments (du moins pas les miens)
Je mange : Trop......
Je bois : Tout ce qui me tombe sous la main
Je cite : "Faites semblant de croire et bientôt vous croirez" (Pascal)
(mis à jour mercredi 20 février 2008 à 20:54)

03/05/2005

03/05/05 - 13:48

Oignon


Si j’essaie de définir ce qui m’importe vraiment, je ne trouve pas grand-chose.

Je me heurte alors à un soupçon : la plupart des choses qui semblent me constituer sont fabriquées.

La plupart du temps, je fais semblant.

Je fais semblant de vouloir, de désirer, d’aimer, d’attendre, de faire.
Si je veux être tout à fait honnête, je tombe sur ce constat : la plupart des choses que l’on rassemble sous le nom de « sentiments », de « désirs », d’ « ambitions » ne me concernent pas.

Je n’ai pas d’autres sentiments que ceux que je construis, soyons honnête. Ceux que je construis avec un certain volontarisme, mais dont je cherche vainement la nécessité intérieure.

Si j’osais, j’avouerais même que cette absence englobe bien des sentiments généralement conçus comme naturels – par exemple, le sentiment familial.
Ce qui est vrai pour le sentiment l’est plus encore pour le désir, l’ambition, la volonté, et cela s’admet davantage. On ne fait pas grief aux gens de n’avoir volonté ni désir, on les plaint seulement.

Alors, que reste-t-il ?

Après avoir pelé les premières peaux, celles qui, socialement, devraient nous définir (amour pour l’entourage, goûts, préférences, convictions, aspirations, projets), on arrive à ce que j’appellerai, faut de mieux, les sensations et les émotions. Car, pour moi, « émotion » et « sentiment » sont deux choses très différentes.

Des émotions et des sensations, ça oui, j’ai. Beaucoup, souvent, puissamment. Ce qui différencie ces choses-là des précédentes, c’est qu’elles ne sont pas construites, généralement pas durables et, dans tous les cas, pas voulues.

Aussi, si je veux être honnête, je me rends compte que tout ce qui reste de moi, après débroussaillage, c’est cela : plaisir spontané de mordre dans une fraise, de lécher une nuque, d’explorer une bouche, de me noyer dans un son, dans le bleu de la mer, dans la fuite des nuages - des plaisirs houleux comme les nuages, laminants comme la mer et qui, en aucun cas, ne construisent une personne.

Car des plaisirs de ce type, j’imagine que les animaux en ont.

De me rendre compte que tenter d’être honnête avec moi-même me réduit à l’animalité, quelque part, ça me déprime…

commentaires

03/05/05 - 13:50

belle demonstration

03/05/05 - 15:14

Merci, Victor - mais il s'agit d'une simple constatation.

11/08/05 - 11:39

En même temps, ce qui fabrique aujourd’hui cette résonance, s’enracine depuis un semis héréditaire et de parcours, cette sensation d’être soi qui se pense sensible mais débarrassé des liens à autrui demeure le pur produit du contact à cet autre.

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