Etre homo, c'est se faire des mecs ?
On va encore m’accuser d’être colérique mais, comme le disait Mme Royal, il y a, je crois, des colères salutaires.
Je n’ai donc jamais rien lu d’aussi stupide que cette assertion ronflante mise en marge de la polémique sur la gay pride : « le fait d’être homosexuel n’affecte que ma vie sexuelle. »
Ben voyons. C’est à peu près aussi vraisemblable que l’assertion d’un nain qui dirait : « le fait de ne mesurer qu’1 mètre 20 n’affecte que le choix de mes pantalons. »
Je ne prétends pas que ceux qui ont proféré cette ineptie mentent ou fassent preuve d’hypocrisie ; je les pense, hélas, sincères. Et très doués pour le refoulement, le déni, et, finalement, l’égoïsme comme la lâcheté.
Je m’explique.
Admettons que ces gens-là ne rencontrent aucune difficulté majeure dans leurs rapports avec leurs proches, qu’ils n’aient eu aucun problème à parler de leurs préférences à leur famille, à leurs collègues, à la vivre dans leur immeuble, leur quartier, leurs cercles d’amis. Admettons que ces gens-là n’aient jamais aspiré à se marier, à avoir d’enfants ou à léguer quelque chose à leur petit(e) ami(e). Admettons que ces gens-là n'éprouvent jamais le désir d'embrasser leur copain/copine ou de le/la tenir par la main dans un lieu public. Admettons que ces gens-là n’affichent aucune manière efféminée, goût pour les bijoux ou les tee-shirts moulants, les pantalons de cuir ou les godes gros calibre. Admettons que ces gens-là ne se soient jamais entendus traiter de « tapette », « pédé », « enculé ». Admettons que ces gens-là aient autant d’amis hétéros qu’homos et se sentent aussi à l’aise avec les uns qu’avec les autres.
Cela fait déjà beaucoup de choses à admettre.
Mais admettons.
On pourrait cependant espérer que, par simple humanité (je ne dirais même pas « générosité »), ils puissent avoir envie de défendre ceux qui n’ont pas leur « chance ». Voilà pour l’égoïsme.
Il est fort possible que ces gens-là ne se sentent pas « différents ». Ils achètent les mêmes produits, les mêmes bagnoles, mangent aux mêmes heures, font le même boulot, envisagent les mêmes carrières et les mêmes vacances que les autres.
En apparence.
Mais, à l’hôtel de Bamako, ils baisseront les yeux en demandant un grand lit double. Au cocktail donné par le PDG, ils souriront poliment, sans répondre, lorsqu’on leur demandera « mais où est votre charmante épouse ? ». Et ils changeront de sujet quand, chez leur beau-frère, la conversation portera sur ces « travelos qui déshonorent la France en défilant dans les rues de Paris ».
Voilà pour la lâcheté.
Non, la question du mariage, de l’adoption, des droits civiques, ça ne concerne pas seulement votre (petite) vie sexuelle.
Non, le droit à la diversité des sensibilités ne concerne pas seulement votre (petite) vie sexuelle.
Non, l’exigence du respect pour tous ne concerne pas seulement votre (petite) vie sexuelle.
Non, la lutte contre l’homophobie ne concerne pas seulement votre (petite) vie sexuelle.
Non, être homo, ce n’est pas seulement aimer le plaisir anal.
C’est, souvent, avoir vécu l’ostracisme.
C’est, souvent, s’être posé des questions sur le désir, l’identité, la fidélité, le genre sexuel, des questions que d’autres n’ont pas eu à se poser.
C’est, on l’espère, s’être interrogé sur la différence, l’injustice, la solidarité.
C’est, fréquemment, avoir été contraint à tester l’affection et l’ouverture d’esprit de son entourage.
C’est, hélas, avoir connu la solitude et, peut-être, s’être tourné vers l’art, la littérature, le militantisme, l’associatif pour tenir, pour vivre, pour participer.
Etre homo, pour moi – mais je dois être un vieux con – c’est penser, douter, accepter, chercher, réclamer, combattre, résister.
Etre homo, pour moi, ce n’est pas coucher avec des hommes : c’est remettre en cause les évidences.
28/05/07 - 14:26
j'aime beaucoup la comparaison avec le nain et le pantalon. (-)
m-aubain