J'écoute : du baroque
Je regarde : c'est le moins qu'on puisse dire !
Je lis : ouais, pas mal
Je joue : ouais, aussi, mais pas avec les sentiments (du moins pas les miens)
Je mange : Trop......
Je bois : Tout ce qui me tombe sous la main
Je cite : "Faites semblant de croire et bientôt vous croirez" (Pascal)
(mis à jour mercredi 20 février 2008 à 20:54)

30/08/2008

30/08/08 - 15:01

Carte magique et caverne enchantée




1.
J’ai eu la chance, ou la malchance, de naître à une époque, en un milieu où les modes de « communication » n’étaient pas aussi proliférants qu’aujourd’hui.
Mes parents n’eurent pas la télé avant ma dixième année. Je me souviens encore de la résistance de ma grand-mère au téléphone. Des téléphones, il y a peu, on n’en trouvait qu’un dans la maison familiale. Moi-même, je ne disposai de mon propre appareil qu’après vingt-et-un ans. L’ordinateur ? Je n’achetai mon premier qu’à la même époque, ma mère ne fit l’acquisition du sien qu’il y a trois ans. De nature méfiante ou peut-être conservatrice, tout comme j’ai longtemps refusé de passer des vinyles aux CD, j’ai refusé longtemps de m’encombrer d’un téléphone cellulaire. Encore aujourd’hui, mon usage des divers postes téléphoniques reste néanderthalien : je ne réponds presque jamais en direct, je laisse mon répondeur (qui a longtemps été un gros dinosaure a cassettes) prendre les messages, je rappelle quand j’ai le temps, l’envie, le loisir. Je perds ainsi tout le prétendu bénéfice de la « communication en direct ». Ne parlons même pas de mes tardives conversions à l’Internet, à l’ADSL, aux mails, aux sites de recherche…
Mais mon dernier bastion vient de tomber : après des années de refus obstiné, je viens de me résoudre à commander une carte de paiement. Comme je suis tout aussi paresseux qu’un autre, auparavant, pour régler mes (très rares) achats en ligne, et notamment mes billets d’avion, je sollicitais impudemment mes amis ; et j’en faisais autant à l’étranger.
Mes motifs de résistance à la carte de paiement étaient (et restent) nombreux : je trouvais immoral d’avoir à payer « en plus » pour utiliser mon propre argent ; je n’avais pas envie de devoir mémoriser un énième numéro ; j’avais très peur de me retrouver en possession d’un moyen aussi aisé, aussi peu symbolique, aussi faussement anodin de dépenser des sommes devenues de plus en plus virtuelles.
Cette crainte s’avère encore plus justifiée que prévu. Ces temps-ci, je passe des heures sur Amazon à traquer les CD introuvables, rares, épuisés, non distribués en France, que je désespérais de trouver chez les vendeurs d’occasion que je hante habituellement.

2.
Le pli a été pris lors de mon séjour à Montréal : en bon discophage, alléché par la présence de nouveaux magasins, distributeurs et marques, je me suis d’abord rué sur les rayons, les disques « en dur ». Mais, en quelques jour, j’avais épuisé le filon. Hésitant sur l’achat de quelques titres, j’ai commis l’erreur d’aller vérifier sur Internet s’il n’était pas plus profitable de les acheter sur le Web. Ça l’était : non seulement cela revenait moins cher, mais, en outre, plutôt que de me contenter de ce que je pouvais croiser au hasard des coursives et des stocks, sur le Web, je pouvais tout trouver (ou presque).
Dès lors, j’ai ressenti une exaltation immense, mêlée d’une tenace mélancolie. Je vais pouvoir me procurer l’intégralité des titres dont je rêvais depuis des années. Je vais les recevoir chez moi, dans ma boîte, dans de jolis petits paquets ; je vais attendre fébrilement mes cadeaux, convoyés par la gentille Poste ; chaque soir, en affinant mes recherches, je vais découvrir de nouveaux sites, de nouveaux gisements, de nouveaux désirs, de nouvelles proies ; mon ordinateur s’est transformé en magique caverne d’Ali Baba, prompte à satisfaire mes moindres voeux ; tout est possible. Il suffira de taper quelques chiffres et, hop, le souhait ira rejoindre le Père Noël. Une manne inépuisable de jouets va se déverser sur moi…
Quant à la mélancolie, elle est due à ce que je perds en contrepartie : le goût de chiner, de fouiller dans les stands, l’espoir qui alimentait mes escapades épuisantes, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, à la poursuite de la perle rare, la fierté de la conquête - la surprise de la rencontre, surtout. Quel intérêt aurai-je désormais à perdre mon temps chez des disquaires mal achalandés, à feuilleter des catalogues déjà périmés, à arpenter de décevantes solderies, alors qu’en quelques clics, je peux me transporter au bout du monde, au cœur de la réserve la plus riche, et même au bout du temps, là où les termes de « mode » et de « fin de distribution » n’ont plus de sens ? Continuer serait totalement improductif. Cette carotte n’existe plus.
Il n’empêche que traquer LE disquaire, le titre, l’exemplaire était un plaisir en soi, qui ne se résumait pas à acheter l’exemplaire, ni même à l’écouter. J’ai simplifié le chemin vers la satisfaction mais, en même temps, j’ai tué le plaisir qui la précède et, peut-être, la fonde.

3.
Mais revenons à la carte de paiement, qui permet tous ces miracles. A son propos, j’ai parlé de magie, de cadeaux, de caverne ensorcelée, parce que c’est un peu l’effet qu’elle produit en supprimant toute référence à de longs enchaînements causals. Payer par carte sur le Web : rien à voir avec le fait de compter de vrais billets ou de remplir laborieusement un chèque.
Certes, l’argent n’est jamais que du pouvoir virtuel, il ne possède aucune valeur intrinsèque. Dès lors, il est presque plus logique qu’il n’existe plus du tout, qu’il n’ait plus de forme tangible (chèque ou billet).
Cette virtualité absolue m’est d’autant plus facile à accepter que mon rapport à l’argent a toujours été ambigu, « désincarné », si l’on peut dire ; l’argent en tant que contrepartie d’un don de moi-même, de mon temps, de mon travail, de ma liberté, je ne connais pas vraiment ; il n’y a jamais eu adéquation, pour moi, entre « argent » et « effort » : parfois, je bosse beaucoup et dur sans rien gagner, parfois je touche de l’argent sans rien faire – il en résulte que, lorsque je dépense de l’argent, je n’ai sans doute pas autant l’impression de m’ « entamer » que, par exemple, mes parents ; de même que lorsque j’en reçois, je n’ai guère l’impression de me construire.
C’est pourquoi la carte de paiement, pour moi, mais aussi pour beaucoup d’autres, j’imagine, constitue un retour à une conception « magique », puérile, pourrait-on dire, du gain et de la perte : en gommant presque totalement la référence à l’argent véritable, et donc à tout ce qu’il représente en terme de travail, d’intégration sociale, de responsabilité, elle ramène les gratifications obtenues à celle que la mère dispensait au nourrisson, de façon à la fois sûre, simple (la mère ne manque jamais ; le code de la carte marche toujours) et incompréhensible, divine (la mère est Autre, elle est peut-être Tout ; la caverne d’Ali Baba à laquelle donnent accès carte et Web, idem).
Avec la carte, l’implication de l’acheteur et l’interaction avec le produit sont limitées au minimum. Cela participe du triomphe du virtuel, dont le propre est de faire tache d’huile : car la carte de paiement et le Web non seulement dématérialisent l’argent (ce qui n’est pas plus mal) mais, par contrecoup, dématérialisent le sujet et l’objet que liait cet argent.
Dans l’exemple qui me concerne, je ne vois plus, je ne touche plus, je n’ai plus de rapport sensible aux produits que j’achète ; ma sensibilité à leur égard se trouve moins sollicitée. Il y a fort à parier que la satisfaction « physique » qu’il me causeront lorsque je les recevrai soit moindre que celle que j’éprouverais si je les avais conquis par des moyens sollicitant davantage mon temps, mon effort, ma présence, mon implication. La virtualité du moyen entraîne fatalement la virtualisation de l’effet.
Et la tache d’huile continue à se répandre : pour l’instant, je me suis arrêté en chemin (j’achète des CD, des objets en dur !), je ne possède pas de MP3, je n’ai pas recours à de la musique dépourvue de support concret. Pour l’instant. Mais, un jour ou l’autre, comme tout le monde, je m’adapterai.

4.
J’en reviens donc à ce que je racontais au début. Un jour ou l’autre, la communication absolue, la virtualisation optimale seront réalisées. Non seulement les stades intermédiaires, les enchaînements de causes séparant désir et satisfaction, seront éradiqués, mais, satisfaction et désir eux-mêmes finiront par se confondre.
C’est déjà ce qui se produit dans bien d’autres domaines de la communication : combien d’entre nous ne se contentent-ils pas de rapports téléphoniques avec leurs proches, estimant que cette communication verbale suffit amplement au contact ? Pire : combien d’entre nous (et je m’inclus dans le lot) ne se contentent-ils pas de rapports par mails, estimant que cette communication écrite et donc, essentiellement, intellectuelle, et plus du tout sensuelle, remplit leur besoin de l’autre ?
Voyez les sites dits « de rencontre » ou « de drague » : combien d’entre nous ne se contentent-ils pas de dialogues minimaux et codés (« slt sa va no problem cool a + »), d’échanges d’informations basiques (29 180 69 br ym 19 A/P), au point que, finalement, leur imaginaire rassuré et comblé par ce rituel, estime surperfétatoire la rencontre ? Certes, la satisfaction sexuelle obtenue par ce simulacre n’égale pas en intensité celle produite par la quête, le flirt, la séduction, les préliminaires, l’acte en soi, mais combien de temps gagné – pour d’autres satisfactions virtuelles !
Car les mecs véritables, par rapport aux mecs fantasmés, sont toujours décevants – de même que le disquaire véritable fait pâle figure par rapport au disquaire virtuel que représente le Web. L’un et l’autre ont leurs limites (le disquaire n’a presque rien ; au mec véritable font défaut trop d’atouts : OK, il est jeune, mais il n’est pas BAC + 12 ; OK, il est intéressant, mais pas si mignon que ça ; OK, il a une grosse bite, mais il a du bide ; OK, il est blond, mais il habite dans le 15°) – or le Web, en élargissant le stock des objets apparemment disponibles, nous incite à ne plus tolérer les limites. Plutôt nous passer de tout que de renoncer à quoi que ce soit.
La déperditions d’intensité qu’engendre la virtualisation ne fait qu’alimenter le désir de virtualiser davantage. Jusqu’à l’autisme, le repliement sur son propre monde intérieur. Le temps n’est plus très loin où, réduit au stade du nourrisson persuadé que le voeu coïncide avec la satiété, nous confondrons l’image mentale (de plus en plus floue, indéfinie, ambiguë, fruste, car de moins en moins concrètement nourrie) avec la réalité sensible.
Dans le progrès virtuel, nous refaisons à l’envers le chemin qui nous conduisait à la découverte du monde. Le monde, c’est moi - pourrons-nous bientôt dire. Bientôt, plus de désir de l’autre, d’ailleurs, d’autrefois, car tout cela aura été gommé d’une imagination désormais inféconde. En repoussant les bornes de l’imagination, la virtualité finit par l’éteindre.
Car c’est sans doute à l’endroit où l’imaginaire se heurte au réel que niche le désir.



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09/08/2008

09/08/08 - 03:46




Pas loin de 4h00 (chez vous).
Debout depuis près de 24h.
Même pas sommeil.
Pourtant, entretemps, j'ai traversé l'Atlantique.
OK, pas à la nage.
Ch'suis pas Alain Bernard, hein...




06/08/2008

06/08/08 - 12:41

Bonjour, je m'appelle Bastien Dugland et je vis en Isère





Contrairement aux idées reçues, tous les Français sont loin de s'appeler MARTIN ou DURAND.
Avec un million de patronymes différents, la France détient même le record mondial de la diversité.
Dans "l'atlas des noms de famille en France" (ed. Archives et Culture), Laurent Fordant analyse le fichier des naissances recensées par l'INSEE de 1891 à 1990. Ce patrimoine exceptionnel livre d'importantes données généalogiques, mais aussi de nombreuses anecdotes surprenantes.

Ce n'est qu'à la fin du XIXème siècle que les noms se fixent sous leur forme actuelle. Depuis, 200.000 patronymes ont disparu et 520.000 nouveaux sont nés. Le plus répandu reste MARTIN (22.857 naissances), suivi par BERNARD, THOMAS, PETIT et ROBERT. Néanmoins, la plupart d'entre nous porte un nom rare : 80,2%.
Les patronymes ont majoritairement moins de 50 porteurs.

Cependant, il y a des patronymes durs a porter : 377 SALOPE, 3707 BATARD, 117 LAGARCE, 678 CATIN, ont été recensés sur le siècle. D'autres préfèrent changer. Le dernier PUANT a disparu en 1914 et HITLER juste après la seconde guerre mondiale. Les COCU, LACROTTE, HANUS, JOLICON ou autre MERDIER choisissent souvent un autre patronyme.

Quant aux 883 CONARD ils ne portent pas un patronyme d'origine péjorative au contraire, celui-ci dérive du germanique "conhard" qui signifie hardi, brave.
On apprend également que seulement 44 ASSASSIN sont nés en France au cours du siècle dernier, contre 489 INNOCENT, mais qu'il n'y a qu'un seul FLIC dans le Finistère.
La répartition des patronymes à travers l'Hexagone révèle aussi quelques surprises. Tous les CAMEMBERT sont nés dans le pays des rillettes, la Sarthe, et non pas dans le Calvados qui compte quand même 50 FROMAGE. On ne trouve aucun PRUNEAU à Agen (mais ailleurs, oui) et les PARISIEN se concentrent en Dordogne. Certaines régions manquent de chance comme l'Isère d'où sont originaires tous les GLANDU, le Jura qui a la plus forte densité de CRETIN, et la malheureuse Loire-Atlantique qui détient le record de naissance de SALAUD.


02/08/2008