Laico ma non troppo
J’avoue que tous ces jours fériés basés sur des fêtes religieuses me posent problème.
Il y a là une schizophrénie de la « laïcité à la française » par rapport à laquelle j’ai du mal à me positionner.
Après tout, nous avons bien souvent brandi cet argument de la « laïcité » contre certaines manifestations d’origine cultuelle (port du foulard, etc.) qui choquaient nos habitudes. D’un certain côté, j’adhère à cette attitude : je trouvais par exemple justifié d’interdire le port du foulard à l’intérieur des écoles et appréciais la pertinence de l’argument selon lequel ce foulard symbolisait une oppression de la femme qu'une république comme la nôtre se devait de dénoncer.
Mais peut-on, d’une part, asséner ces oukases de la laïcité et de l’autre sommer les musulmans, juifs et autres bouddhistes de chômer le 25 décembre, le 12 mai, le 24 mars – sans parler des dimanches ?
Là se pose le problème fondamental : la ligne de séparation floue séparant la tradition (l’identité ?) nationale de l’héritage religieux.
Ainsi, il semble qu’à plus ou moins long terme l’intangibilité des célébrations religieuses « secondaires » (Pentecôte, Assomption, Toussaint) soit vouée à céder devant les contraintes du « marché », du « monde moderne » : il est très probable que, prochainement dans le futur, on oublie la raison qui faisait de ces jours des jours chômés.
Mais la question du dimanche marquerait un pas de plus dans l’évolution sociale : si les Français seraient sans doute assez vite disposés à renoncer à certains repères qui n’en sont plus pour la majorité d’entre eux, s’attaquer à d’autres, qui marquent leur rythme de vie depuis plus longtemps et ont plus profondément infléchi leur sociabilité, leur paraîtrait inacceptable.
Dans un cas, l’argument de la laïcité pourrait fonctionner mais pas dans l’autre ; dans un cas, les Français auraient simplement l’impression d’un recul naturel et inéluctable de l’empreinte religieuse, dans l’autre, ils se rebelleraient contre une atteinte à leur national way of life – sans remarquer que dimanche comme Pentecôte ont la même origine chrétienne.
Là se situe l’ambiguïté, l’hypocrisie.
Personnellement, en tant qu’athée, je crois faire partie de cette majorité de veaux qui se ficherait comme d’une guigne de voir disparaître Assomption et Pentecôte (hors compensation sociale : ceci est un autre débat), mais serait absolument outrée qu’on lui ôte Noël : je veux bien sacrifier la signification cultuelle mais pas la tradition festive. Je veux bien oublier le culte mais pas la culture - or, où commence l'une, où finit l'autre ?...
Néanmoins, si j’étais un chef d’entreprise musulman vivant en France, je trouverais franchement injuste de devoir payer des taxes pour avoir fait travailler mes employés le jour de Noël à une société qui, par ailleurs, se prévalait de sa laïcité pour me retirer de mon salaire le temps que je passais à faire mes cinq prières quotidiennes lorsque j’étais salarié...
Si notre société est si laïque qu’elle le dit, elle devrait faire disparaître de son calendrier comme de ses célébrations toute référence à une religion donnée. Ce serait dès lors renoncer à une part importante de notre héritage culturel, de notre inconscient collectif – chose que je serais le premier à déplorer.
Il est totalement hypocrite de présenter au monde l’image d’une société laïque, a-cultuelle, alors que nous savons pertinemment qu’une part énorme de nos fondements civiques est issue de la tradition chrétienne. N’y a-t-il pas quelque bouffonnerie, par exemple, à s’élever contre l’entrée de la Turquie dans une Europe que nous prétendons dégagée de toute identité religieuse, sous prétexte que son héritage musulman est encore socialement perceptible ? Et, alors que nous prônons si volontiers à l’échelle mondiale, cet « humanisme laïque » ennemi de tous les fanatismes, sommes-nous pour autant prêts à jeter aux orties les réflexes moraux, les interdits, les tabous, les plis intellectuels, les codes de vie, les cadres familiaux que nous ont inculqués vingt siècles (et dans ce seul décompte des siècles, l’empreinte se repère) de christianisme ?
En tant que Français athée, je ne suis pas plus capable qu’un autre de préconiser des solutions à ce dilemme – mais j’estime tout de même qu’on devrait plus ouvertement le poser.
12/05/08 - 15:06
Oui, je me trouve moi aussi, devant cette question, incapable d'y trouver une réponse. Peut-être supprimer tous les jours fériés liés à des fêtes chrétiennes. Et les remplacer par autant de jours de congé, que le travailleur pourrait poser sans possibilité pour l'employeur de s'y opposer.
Mais alors... risque de voir l'employeur choisir ses futurs employés en fonction de leur religion, pour être sûr de pouvoir ouvrir certains jours de fête religieuse... Donc, pas de solution miracle! Mais existe-t-il des solutions miracles?
(^_^)
math-de-limoux